God’s Country, fond du Montana

God's Country - Julian Higgins - Thandiwe Newton - James Lee Burke

God’s Country, premier film de l’américain Julian Higgins, a reçu le prix Sang Neuf au festival Reims Polar 2023. Il est adapté d’une nouvelle de James Lee Burke, Winter Light.

Sandra Guidry vit seule au milieu d’un canyon. Un soir, en rentrant chez elle, elle voit un pick up garé sur ses terres. C’est celui de deux chasseurs à l’arc. Elle laisse un mot sur le pare-brise. Le lendemain, quand elle rentre, le mot est jeté par terre, froissé, un oiseau est écrasé à côté. Les chasseurs reviennent peu après. Elle sort pour s’expliquer avec eux et, rapidement, le ton monte. Le soir même, une flèche est tirée sur sa porte. Elle décide d’aller voir le shérif qui lui explique que « dans ses cas-là, contacter les autorités ne fait qu’aggraver les choses »… Et il n’a pas tort.
Thanksgiving approche, les montagnes sont enneigées, ce qui donne lieu à de beau plans, mais God’s Country n’a rien d’un film de Noël.




De Winter Light à God’s Country

God’s Country est tiré de Winter Light, une nouvelle de James Lee Burke parue en 1992 et disponible dans le recueil Jésus prend la mer, traduit par Olivier Deparis chez Rivages. Julian Higgins en avait déjà fait un premier court-métrage en 2015. Ce film en 35 mm avait été multi-primé, au même titre que la nouvelle. Nous ne l’avons pas vu, mais à regarder la bande annonce, on voit que certaines scènes sont identiques, mais le casting de l’époque est différent.

Le film de 2023 commence par une scène de crémation (Sandra vient de perdre sa mère), dans le silence le plus total, qui pose l’ambiance du film. La suite sera une escalade qui durera sept jours entre Sandra et les deux chasseurs à l’arc, entrecoupée de sa vie de prof dans l’université de la petite ville où elle exerce.
À la différence de la nouvelle et du court, le personnage principal est une femme aux alentours de la cinquantaine, encore en activité à la fac. Fini l’homme blanc retraité.

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Sandra vient de la Nouvelle-Orléans, et le film aborde finement différentes questions telles la perte des parents, le racisme, le harcèlement, Katrina. Julian Higgins s’y entend pour filmer tous ces moments, et ajouter des séquences qui auraient pu être dans la nouvelle de Burke, tant elles sont proches de ses préoccupations (le deuil, Katrina, l’Église…). Il est aussi à l’aise dans la tension psychologique que dans les moments introspectifs. Mais, c’est peut-être là que le bât blesse, lorsque la tension commence à monter, une scène radicalement différente vient s’interposer et casse le rythme.

Le casting

Bien que passant quasiment tout son temps les traits pincés, Thandiwe Newton marque le film de sa présence. Elle dégage une aura et a un air étrange qui fait que le spectateur ne sait pas exactement ce qu’il se passe en elle, quelles sont ses motivations. Face à elle, le casting n’est pas en reste, Joris Jarsky en chasseur (très belle scène à l’église) ou Jeremy Bobb, que nous avions aimé dans The Knick, qui joue ici le rôle de shérif adjoint dépassé, seul face aux éléments du comté.

Pour aller plus loin

Lire sur le film God’s Country sur Reims Polar
Le court métrage Winter Light sur le site de Julian Higgins
La nouvelle de James Lee Burke est disponible en VO sur le site de l’auteur
Et pour ses traductions, tout est chez Rivages, son éditeur de toujours